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Écoconception web : ce que le RGESN change pour votre site

Le référentiel public d’écoconception numérique expliqué simplement : les critères qui concernent vraiment un site vitrine et comment s’y conformer.

Par Justin Deboves9 min de lecture

Falaises couvertes de végétation dense plongeant dans une mer turquoise, lumière voilée du matin

La France dispose depuis mai 2024 d’un référentiel public d’écoconception des services numériques, le RGESN, publié par l’Arcep et l’Arcom avec l’Ademe. Ce n’est pas un texte de plus : c’est une grille de 78 critères vérifiables, écrite pour être auditée, pas pour être commentée. La plupart des articles français se contentent de le citer ; celui-ci le traduit en décisions concrètes pour un site d’entreprise, et dit franchement lesquelles ne vous concernent pas.

Ce qu’est le RGESN, en clair

Le référentiel général d’écoconception de services numériques a été publié le 17 mai 2024 par l’Arcep et l’Arcom, en association avec l’Ademe et avec l’appui de la Dinum, d’Inria et de la Cnil. Il découle de la loi du 15 novembre 2021 visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique, dite loi REEN, qui avait confié aux régulateurs le soin de définir cette grille commune.

Il compte 78 critères en neuf familles, du choix stratégique jusqu’à la ligne de code.

FamilleCe qu’elle interroge
StratégieObjectifs environnementaux, pilotage, compétences internes
SpécificationsUtilité réelle des fonctionnalités, durée de vie visée du service
ArchitectureDécoupage technique, sobriété des flux, réversibilité
UX et UIParcours courts, absence de sollicitations inutiles, lisibilité
ContenusPoids des images et des vidéos, formats, cycle de vie éditorial
FrontendRequêtes, scripts, polices, cache navigateur
BackendTraitements serveur, données stockées, journaux
HébergementEfficacité énergétique, engagements du fournisseur, localisation
AlgorithmieCoût de calcul des traitements automatisés, sobriété des modèles

La logique d’ensemble tient en deux principes. Réduire à la source plutôt que compenser, d’abord. Allonger la durée de vie des équipements ensuite, ce qui est l’apport le plus original du texte : un site trop lourd force le renouvellement des téléphones, et cette fabrication pèse bien davantage que l’électricité consommée pour l’afficher. Conséquence pratique, le critère le plus structurant du référentiel n’est pas technique du tout. Il consiste à se demander, fonctionnalité par fonctionnalité, si elle sert réellement à quelqu’un.

Qui est concerné, réellement

Répondons sans détour : le RGESN n’est pas opposable à une entreprise privée. C’est un référentiel volontaire, et personne ne viendra contrôler votre site vitrine. Le tableau se nuance dès qu’on regarde les acteurs publics et la commande publique.

  • Les communes et intercommunalités de plus de 50 000 habitants devaient adopter une stratégie numérique responsable au 1er janvier 2025, en application de la loi REEN. L’écoconception des services numériques en fait explicitement partie.
  • Les administrations de l’État appliquent la démarche dans le cadre de leur feuille de route interministérielle, et le référentiel sert de socle commun aux marchés publics de développement.
  • Les entreprises privées n’ont aucune obligation directe, mais reçoivent le sujet par ricochet : clauses d’écoconception dans les appels d’offres publics, questionnaires fournisseurs des grands donneurs d’ordre soumis au reporting de durabilité, politiques d’achats responsables.

Autrement dit, une petite structure n’a rien à craindre et beaucoup à gagner. Si vous répondez un jour à une consultation publique ou si vous fournissez un groupe soumis au reporting de durabilité, la question tombera, et mieux vaut avoir déjà la réponse écrite. Pour l’état exact du droit, lisez la source plutôt que les interprétations : la page officielle du référentiel et le dossier de l’Arcep sur l’empreinte environnementale du numérique font foi.

Les dix critères qui changent le plus un site vitrine

Sur 78 critères, une trentaine concernent des services applicatifs complexes et ne s’appliquent pas à un site d’entreprise. Voici les dix qui produisent l’essentiel du résultat, avec leur effet mesurable.

  1. Supprimer ce qui ne sert à personne. Un carrousel de six visuels charge six images pour une seule vue réellement regardée. Le retirer allège couramment une page d’accueil de 800 Ko à 1,5 Mo, et améliore les conversions plutôt que l’inverse.
  2. Limiter le nombre de requêtes. Un site vitrine sobre tient sous quarante requêtes par page. Le même site construit à l’aveugle avec un constructeur visuel et quinze extensions en réclame couramment 120 à 200.
  3. Adapter le poids des images au contexte d’affichage. Une photographie de 4 000 pixels affichée dans un bloc de 800 pixels transporte vingt-cinq fois trop de données. Formats modernes, plusieurs tailles déclarées, et une cible réaliste : moins de 150 Ko par image de contenu, moins de 300 Ko pour un bandeau.
  4. Bannir la lecture automatique des vidéos. Une vidéo de fond en page d’accueil pèse plus lourd que tout le reste du site réuni, et se coupe sur la moitié des mobiles.
  5. Réduire les polices. Deux familles, deux graisses, au format WOFF2, avec un sous-ensemble de caractères limité. Chaque graisse supplémentaire ajoute 20 à 40 Ko chargés avant l’affichage du texte.
  6. Mettre en cache correctement. Un cache de page côté serveur, et des en-têtes de cache navigateur longs sur les fichiers versionnés. Le visiteur qui revient ne doit pas retélécharger ce qui n’a pas changé.
  7. Réduire les scripts tiers. Chaque traceur, chaque bouton de partage, chaque carte interactive ouvre des connexions vers d’autres domaines. Comptez-les : trois suffisent presque toujours, on en trouve souvent douze.
  8. Garantir le fonctionnement sur matériel ancien. C’est le critère le plus négligé et le plus fidèle à l’esprit du texte. Testez votre site sur un téléphone de cinq ans, avec un réseau bridé. S’il reste utilisable, vous n’obligez personne à changer d’appareil.
  9. Prévoir la fin de vie des contenus. Une page obsolète que personne ne consulte continue d’être explorée, sauvegardée, migrée et indexée. Dépublier ou archiver fait partie de l’écoconception, au même titre que compresser.
  10. Mesurer avant d’affirmer. Un chiffre relevé avant travaux et après travaux vaut mille adjectifs. C’est aussi ce que réclame la déclaration d’écoconception.

Ces dix points ne demandent pas de refaire le site. Ils se traitent sur un site existant, dans l’ordre, et se prolongent naturellement quand on repart d’une base saine pour concevoir un site léger et rapide.

Écoconception et accessibilité avancent ensemble

Voilà l’angle que presque personne ne relève : les décisions d’écoconception améliorent presque toutes l’accessibilité, et réciproquement. Une page allégée s’affiche plus vite sur un matériel modeste, donc reste utilisable par des publics équipés d’appareils anciens. Un contenu lisible sans exécution de script reste lisible pour un lecteur d’écran. Des contrastes maîtrisés servent autant la sobriété visuelle que la lisibilité. L’absence d’animation imposée respecte à la fois la batterie et les personnes sensibles au mouvement.

Il n’y a donc pas deux chantiers à mener, mais un seul, avec deux grilles de lecture : le RGESN d’un côté, le référentiel général d’amélioration de l’accessibilité de l’autre. Nous publions déjà notre déclaration d’accessibilité, et le rapprochement des deux démarches est ce qui parle le plus aux acheteurs publics comme aux dirigeants engagés.

Mesurer sans se raconter d’histoires

Les calculateurs d’empreinte de page sont utiles pour sensibiliser, discutables pour piloter. Deux outils lancés sur la même page donnent souvent des résultats éloignés, parce qu’ils reposent sur des hypothèses différentes : mix électrique retenu, durée de vie attribuée aux terminaux, part du trafic servie depuis un cache, temps de consultation moyen. Aucune de ces hypothèses n’est fausse, aucune n’est vérifiable sur votre site.

Suivez plutôt quatre indicateurs stables, relevables par vous-même et comparables dans le temps :

  • Le poids transféré d’une page, en kilo-octets, première visite et visite répétée.
  • Le nombre de requêtes et le nombre de domaines tiers contactés.
  • Le temps de réponse du serveur, qui trahit un hébergement sous-dimensionné mieux que n’importe quelle note globale.
  • La part de contenu réellement consulté, relevée dans vos statistiques : les pages jamais vues sont le premier gisement d’allègement.

La règle d’or : comparez votre site à lui-même, six mois plus tôt, et non à celui d’un concurrent dont vous ignorez le périmètre. Mesurer et réduire l’empreinte de son site détaille les outils disponibles et leurs limites.

Notre position : ce que nous appliquons

Nos partis pris sont antérieurs au référentiel, ce qui nous évite d’avoir à nous mettre en conformité avec un texte. Pages construites pour rester légères, images converties et dimensionnées à l’usage réel, deux familles de police au maximum, scripts tiers réduits au strict nécessaire, hébergement documenté et dimensionné à l’usage réel. Le tri le plus utile ne se fait pourtant pas dans le code : il se fait au cadrage, quand nous demandons à quoi sert chaque bloc réclamé. Une fonctionnalité qu’on n’écrit pas ne consomme rien, ne se met jamais à jour et ne tombe jamais en panne.

Sur l’hébergement, notre logique reste la même que celle exposée dans notre article consacré au fait de choisir un hébergement réellement sobre : ce qui compte est ce qu’on évite de consommer, la compensation ne vient qu’après, et jamais à la place. Cette démarche irrigue toute la conception dans nos formules de site écoconçu.

Par où commencer si vous partez de zéro

Cinq actions tiennent dans une seule journée de travail et couvrent déjà une bonne part des critères applicables.

  1. Mesurer l’état actuel de vos trois pages les plus visitées : poids, requêtes, domaines tiers. Notez les chiffres, datez-les.
  2. Supprimer les scripts tiers inutiles. Le traceur d’une campagne terminée il y a deux ans, le widget d’un réseau social que vous n’alimentez plus.
  3. Retraiter les cinq images les plus lourdes, au bon format et à la bonne dimension. C’est souvent la moitié du gain.
  4. Désactiver les lectures automatiques et les animations décoratives permanentes.
  5. Documenter ce qui a été fait, dans une déclaration d’écoconception publiée sur le site : critères retenus, critères écartés et pourquoi, indicateurs suivis, prochaines actions.

Cette dernière étape est celle que tout le monde saute, et c’est pourtant la seule qui transforme une intention en preuve. Une démarche vaut par sa continuité, pas par sa perfection initiale. Pour les gestes quotidiens qui prolongent la démarche côté équipe, voyez douze gestes pour un web plus sobre.

Se conformer à ce référentiel suppose de l’intégrer dès la conception, comme le fait une agence web Ocean Friendly.

Questions fréquentes

Le référentiel est-il obligatoire pour mon entreprise ?

Non, pas directement pour une structure privée : le RGESN est volontaire. Il devient contraignant par la commande publique et par les questionnaires fournisseurs des grands donneurs d’ordre, où il sert de plus en plus de grille d’évaluation.

Un site écoconçu est-il moins beau ?

Non. Il est débarrassé du superflu, ce qui améliore généralement la lisibilité et le taux de conversion. La contrainte porte sur le poids et le nombre de sollicitations, pas sur la qualité graphique.

Faut-il refaire son site pour s’y conformer ?

Non. Une large part des critères applicables à un site vitrine se traite sur l’existant, par ajustements successifs : images, scripts tiers, polices, cache, contenus obsolètes. La refonte n’est utile que si la base technique est elle-même le problème.

Comment prouver sa démarche ?

En publiant une déclaration d’écoconception sur le site : critères retenus, critères écartés avec leur justification, indicateurs suivis et plan d’amélioration. C’est ce document, et non un logo, qui est demandé lors d’une consultation.

Ce qu’il faut retenir

La sobriété numérique n’est pas un supplément d’âme, c’est une méthode de conception qui produit des sites plus rapides, plus accessibles et moins coûteux à entretenir. Le RGESN a le mérite de la rendre vérifiable. Commencez par mesurer vos trois pages principales cette semaine : sans chiffre de départ, aucun progrès ne sera démontrable.

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